Dominique Roodthooft est animée par l’idée que « l’être humain n’est pas terminé » plutôt que de se dire que « le monde est foutu ». Nous pouvons encore créer des situations dans lesquelles poursuivre notre construction et réinventer de nouvelles histoires afin de ne pas se laisser envahir par des récits dominants ou trop réducteurs. Dénoncer n’est pas suffisant. Il s’agit d’apprendre ; apprendre à résister au sentiment d’impuissance et mettre en place des dispositifs qui font exister les possibles.
Fondatrice et directrice du corridor, maison de création pour les arts vivants (à Liège), Dominique Roodthooft y a ouvert un réseau de jardins sauvages – réels et symboliques – conçus pour accueillir quiconque désire explorer (en groupe ou en solitaire) des terres en friche ou jugées trop hâtivement non cultivables.
L’ARBRE À CLOUS

Spectacle déambulatoire « L’arbre à clous » prend racine dans une très ancienne tradition wallonne qui veut que, pour se libérer d’un mal affectant notre corps, on frotte la tête d’un clou à l’endroit de la douleur, puis on plante ce clou dans un arbre particulier sensé prendre la douleur en lui, nous libérant ainsi de notre souffrance.
Délibérément axé sur nos inquiétudes contemporaines (mais qui peuvent remonter à très loin), « L’arbre à clous » cherche des formes artistiques et politiques insoupçonnées qui nous aident à prendre soin de soi, des autres, de la Nature.

des soins légendaires
MIXTURE

Ces soirées sont des « spectacles sociétaux » qui embrassent un sujet touchant directement le « vivre-ensemble » et l’abordent sous toutes les coutures (informatives, poétiques, musicales, psychologiques, imaginatives, philosophiques et politiques).
Parmi les thématiques proposées : « Le nombre », « L’invisible », « Le vent », « Le chaud et le froid », « Le poids », « Les feuilles », « La mémoire et l’oubli ».
Les thèmes sont volontairement ouverts à de nombreuses interprétations pour donner à chacun.e des intervenant.e.s la possibilité d’incarner en toute liberté son propre point de vue.

des moments turbulents
L’ÉPONGE ET L’HUÎTRE

« Que faire des crasses qui nous traversent ? »
À partir de la métaphore de l’éponge et de l’huître (qui, en réalité, sont toutes deux des animaux filtrants), différent.e.s créateur.rice.s ont été sollicité.e.s pour interroger et activer artistiquement ce concept de filtrage : « À quoi fait-on attention, que choisit-on de garder, d’éliminer ou d’ignorer dans ce qui nous traverse ? » « Suis-je plutôt un filet de pêche qui ne capture que ce qui lui convient, une station d’épuration qui bloque ce qui ne lui convient pas ou un filtre qui laisse passer les flux tout en tentant de les infléchir vers ce qui favorise la vie ? »

des crasses salutaires
PATUA NOU

Les patua (conteurs originaires du Bengale) peignent eux-mêmes des rouleaux sur lesquels ils illustrent des témoignages, des contes ou des poésies qu’ils racontent sous forme mélodique en suivant du doigt la progression du récit. « Patua Nou » transpose ce principe de récit imagé pour créer de nouvelles histoires en lien avec l’exil au sens large. S’éloigner de l’actualité directe ne veut pas dire fuir le réel mais s’y confronter avec un regard bienveillant, questionneur, éloigné de la peur ou de la souffrance qui empêche de penser. L’exil comme mouvement vital et universel vers l’ailleurs.

des histoires en exil
COCON!

Lieu nécessaire à la métamorphose : Cocon !, c’est l’abri d’une promesse, l’expérience du devenir autre, le lieu d’incubation de tous les possibles. Une célébration de la transformation et du lien. Les œuvres et la vie de Judith Scott, artiste d’art brut devenue célèbre, sont à l’origine de la réflexion autour de Cocon ! Au centre, la question de l’abandon et du rejet des minorités, des êtres « inappropriés » tels que l’était Judith Scott, trisomique, sourde et muette, longuement éloignée de sa soeur jumelle dès l’âge de sept ans. Cocon ! se présente comme un laboratoire de recherche sur ce que génère l’histoire de Judith Scott.

des vies retournées
LE THINKER’S CORNER

Allusion au Speaker’s Corner de Londres, « Thinker’s Corner » est une expérience d’art vivant et de savoir partagé dans l’espace public. De jeunes acteur.ice.s professionnel.le.s, placé.e.s derrière des stands de démonstrateur, prennent en charge et relayent la parole de penseur.euse.s et intellectuel.le.s de la société civile, citoyen.ne.s du monde, poètes, artistes. Les paroles choisies s’orientent vers différentes questions qui nourrissent un principe fondamental : celui de ne pas renoncer à l’espérance, de construire collectivement un « mieux » commun sans faire l’impasse sur la complexité.

des pensées dans la rue
SMATCH

Les jardins qui embellissent notre Eden mortel sont la meilleure justification qui soit de la présence des humains sur terre. Là où l’histoire déclenche ses forces destructrices et d’anéantissement, il nous faut pour préserver notre santé mentale, sans parler de notre humanité, travailler contre elles et malgré elles rechercher les forces apaisantes et réparatrices et les laisser se développer en nous. C’est cela cultiver notre jardin. Sous la plume de Voltaire, l’adjectif possessif notre désigne le monde que nous partageons. Un monde pluriel prenant les formes que lui donne l’action humaine. En somme “notre jardin”, n’est pas le lieu d’intérêts privés où chacun pourrait s’échapper du réel; “notre jardin” c’est ce lopin de terre inscrit dans un sol, en soi ou dans le collectif, où l’on cultive les vertus culturelles, éthiques et civiques qui sauvent la réalité de ses pires pulsions.»
“Robert Harrison : Forêts —
Réflexions sur la condition humaine.”
Editions Champs/Flammarion

des laboratoires en fusion

Dominique Roodthooft est actrice, metteure en scène et directrice artistique de la maison de création pour les arts vivants le corridor à Liège.
Son travail, relève d’une écriture de plateau ou de montage de textes non théâtraux. Grâce à son premier métier – assistante sociale pendant huit ans dans un centre PMS – et les formations qui l’ont accompagnée, elle participe à une réflexion sur la pédagogie et la manière dont l’organisation ou l’institution peut transformer l’homme.
Depuis 2009, son travail artistique relève du gai-savoir et met en lien philosophes, cinéastes, plasticien·ne·s, citoyen·ne·s, poètes, sociologues, militant·e·s pour développer un même thème en composant avec chacune des individualités et leurs ressources créatives. L’équipe une fois constituée opère joyeusement des croisements entre les savoirs scientifiques (les savants) et les savoirs vécus (les sachants).
Ses créations qui donnent lieu à des formes variées ont notamment été présentées au Kunstenfestivaldesarts, au Festival d’Avignon (dans le cadre de la 25e Heure et dans le OFF : les Doms), au Théâtre de la Bastille, au festival Les Tombées de la Nuit, etc.… En 2020, elle crée L’éponge & l’huître, une visite guidée-spectacle, parmi des œuvres produites (graphiques, cinématographiques ou audiophoniques) par 26 créateur·rice·s qui activent la question des filtres et ce que l’on fait des crasses qui nous traversent.
Son prochain projet L’Arbre à clous (création 2024) réactivera le principe d’une tradition ancienne wallonne qui veut que, pour se libérer d’un mal affectant notre corps, on frotte la tête d’un clou à l’endroit de la douleur, puis on plante ce clou dans un arbre particulier sensé prendre le mal en lui, nous libérant ainsi de notre souffrance. Une question centrale sous-tendra le projet : où placer sa confiance ?









