« Ma vie n’est qu’une illusion, dit la taupe au ver. Tout ce que j’aimerais bien tenir contre moi m’échappe des mains. Tu ne peux pas comprendre parce que tu n’as pas de bras ; mais tu vois, chez nous les taupes, c’est comme si nos bras avaient été placés à l’envers. Dès qu’on veut s’emparer de quoi que ce soit, nos mains l’écartent sur le côté. En même temps, c’est ce mouvement-là qui nous fait avancer. On avance à la recherche de quelque chose qu’on ne pourra jamais obtenir. »
Poursuivant sa lecture, le petit tas d’os eut l’heureuse surprise de tomber sur une analyse développant les liens entre les aigles et les restes de leurs repas. Les aigles royaux peuvent contempler un temps infini les os de ceux qu’ils viennent de manger. Peut-être que cette forme de méditation leur permet de côtoyer en toute sérénité la mort qui rôde en permanence autour d’eux. « La mort, encore la mort ! Qu’est-ce que c’est que cette chose qui fascine tout le monde à part moi ? » s’exaspérait le tas d’os.
Excuse-moi, mon chéri, dit l’émeraude au bloc de craie, mais je retrouve enfin la liberté. Tu ne peux pas imaginer dans quelles conditions j’ai vécu jusqu’à présent. » Sans omettre le moindre détail, elle expliqua son extraction au fond d’une mine en Colombie, son voyage en Inde pour une première taille, son séjour en France où, prise en charge dans un atelier spécialisé, elle fut corrigée, polie, ciselée en mille facettes qui chacune relevait du grand chic parisien.
Le public qui se rend au corridor se retrouve dans un esprit d’aventure, va à la rencontre de « l’esprit du lieu », parce qu’il sait que dans cet endroit seront proposées des expériences variées et singulières : un spectacle en extérieur ou en intérieur, une soirée de témoignage ou de rencontre avec un·e créateur·ice ou des artistes résident·es, des jeux narratifs, des films d’animation produits au corridor, des visites guidées, des conférences performées…

Le CORRIDOR ASBL - Siège social : Rue Vivegnis 411,
4000 Liège – Belgique - Tel : +32 4 227 77 92
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Spectacle déambulatoire « L’arbre à clous » prend racine dans une très ancienne tradition wallonne qui veut que, pour se libérer d’un mal affectant notre corps, on frotte la tête d’un clou à l’endroit de la douleur, puis on plante ce clou dans un arbre particulier sensé prendre la douleur en lui, nous libérant ainsi de notre souffrance.
Délibérément axé sur nos inquiétudes contemporaines (mais qui peuvent remonter à très loin), « L’arbre à clous » cherche des formes artistiques et politiques insoupçonnées qui nous aident à prendre soin de soi, des autres, de la Nature.

Ces soirées sont des « spectacles sociétaux » qui embrassent un sujet touchant directement le « vivre-ensemble » et l’abordent sous toutes les coutures (informatives, poétiques, musicales, psychologiques, imaginatives, philosophiques et politiques).
Parmi les thématiques proposées : « Le nombre », « L’invisible », « Le vent », « Le chaud et le froid », « Le poids », « Les feuilles », « La mémoire et l’oubli ».
Les thèmes sont volontairement ouverts à de nombreuses interprétations pour donner à chacun.e des intervenant.e.s la possibilité d’incarner en toute liberté son propre point de vue.

« Que faire des crasses qui nous traversent ? »
À partir de la métaphore de l’éponge et de l’huître (qui, en réalité, sont toutes deux des animaux filtrants), différent.e.s créateur.rice.s ont été sollicité.e.s pour interroger et activer artistiquement ce concept de filtrage : « À quoi fait-on attention, que choisit-on de garder, d’éliminer ou d’ignorer dans ce qui nous traverse ? » « Suis-je plutôt un filet de pêche qui ne capture que ce qui lui convient, une station d’épuration qui bloque ce qui ne lui convient pas ou un filtre qui laisse passer les flux tout en tentant de les infléchir vers ce qui favorise la vie ? »

Les patua (conteurs originaires du Bengale) peignent eux-mêmes des rouleaux sur lesquels ils illustrent des témoignages, des contes ou des poésies qu’ils racontent sous forme mélodique en suivant du doigt la progression du récit. « Patua Nou » transpose ce principe de récit imagé pour créer de nouvelles histoires en lien avec l’exil au sens large. S’éloigner de l’actualité directe ne veut pas dire fuir le réel mais s’y confronter avec un regard bienveillant, questionneur, éloigné de la peur ou de la souffrance qui empêche de penser. L’exil comme mouvement vital et universel vers l’ailleurs.

Lieu nécessaire à la métamorphose : Cocon !, c’est l’abri d’une promesse, l’expérience du devenir autre, le lieu d’incubation de tous les possibles. Une célébration de la transformation et du lien. Les œuvres et la vie de Judith Scott, artiste d’art brut devenue célèbre, sont à l’origine de la réflexion autour de Cocon ! Au centre, la question de l’abandon et du rejet des minorités, des êtres « inappropriés » tels que l’était Judith Scott, trisomique, sourde et muette, longuement éloignée de sa soeur jumelle dès l’âge de sept ans. Cocon ! se présente comme un laboratoire de recherche sur ce que génère l’histoire de Judith Scott.

Allusion au Speaker's Corner de Londres, « Thinker's Corner » est une expérience d'art vivant et de savoir partagé dans l'espace public. De jeunes acteur.ice.s professionnel.le.s, placé.e.s derrière des stands de démonstrateur, prennent en charge et relayent la parole de penseur.euse.s et intellectuel.le.s de la société civile, citoyen.ne.s du monde, poètes, artistes. Les paroles choisies s'orientent vers différentes questions qui nourrissent un principe fondamental : celui de ne pas renoncer à l'espérance, de construire collectivement un « mieux » commun sans faire l'impasse sur la complexité.

Les jardins qui embellissent notre Eden mortel sont la meilleure justification qui soit de la présence des humains sur terre. Là où l'histoire déclenche ses forces destructrices et d'anéantissement, il nous faut pour préserver notre santé mentale, sans parler de notre humanité, travailler contre elles et malgré elles rechercher les forces apaisantes et réparatrices et les laisser se développer en nous. C'est cela cultiver notre jardin. Sous la plume de Voltaire, l'adjectif possessif notre désigne le monde que nous partageons. Un monde pluriel prenant les formes que lui donne l'action humaine. En somme "notre jardin", n'est pas le lieu d'intérêts privés où chacun pourrait s'échapper du réel; "notre jardin" c'est ce lopin de terre inscrit dans un sol, en soi ou dans le collectif, où l'on cultive les vertus culturelles, éthiques et civiques qui sauvent la réalité de ses pires pulsions.»
"Robert Harrison : Forêts —
Réflexions sur la condition humaine."
Editions Champs/Flammarion

Dominique Roodthooft est actrice, metteure en scène et directrice artistique de la maison de création pour les arts vivants le Corridor à Liège.
Son travail, relève d’une écriture de plateau ou de montage de textes non théâtraux. Grâce à son premier métier – assistante sociale pendant huit ans dans un centre PMS – et les formations qui l’ont accompagnée, elle participe à une réflexion sur la pédagogie et la manière dont l’organisation ou l’institution peut transformer l’homme.
Depuis 2009, son travail artistique relève du gai-savoir et met en lien philosophes, cinéastes, plasticien·ne·s, citoyen·ne·s, poètes, sociologues, militant·e·s pour développer un même thème en composant avec chacune des individualités et leurs ressources créatives. L’équipe une fois constituée opère joyeusement des croisements entre les savoirs scientifiques (les savants) et les savoirs vécus (les sachants).
Ses créations qui donnent lieu à des formes variées ont notamment été présentées au Kunstenfestivaldesarts, au Festival d’Avignon (dans le cadre de la 25e Heure et dans le OFF : les Doms), au Théâtre de la Bastille, au festival Les Tombées de la Nuit, etc.… En 2020, elle crée L’éponge & l’huître, une visite guidée-spectacle, parmi des œuvres produites (graphiques, cinématographiques ou audiophoniques) par 26 créateur·rice·s qui activent la question des filtres et ce que l’on fait des crasses qui nous traversent.
Il vit et travaille à Liège et à Paris
Représenté par la Galerie In Situ — fabienne leclerc (Paris)
Il a suivi l’Institut des Hautes Études en Arts plastiques à Paris. (1989-90).
Prix de la Jeune peinture belge (Palais des Beaux-Arts de Bruxelles) en 1988
Prix Pilar Juncosa et Sotheby's à Palma de Majorque en 2012
En 2010-2011, il a été artiste professeur invité à l’école du Fresnoy.
Il a exposé à la Documenta IX en 1992, à la Biennale de Sao-Paulo en 1994, de Lyon en 1995, de Sydney en 2002 et de Bruxelles en 2008, Nuit Blanche à Paris en 2012, la Triennale de Folkestone en 2021.
Au cours de ses Vies en soi, Patrick Corillon puise dans sa propre enfance et mêle des éléments autobiographiques à la fiction. Si chaque récit explore un thème spécifique, tous parlent de quête d’identité. Il y est question de voyages – réels et intérieurs –, de rencontres, d’errances d’une ville à l’autre.
Chacun vit dans la compagnie de quelqu’un d’autre. Ce quelqu’un existe vraiment ; il se trouve à notre exact opposé sur la terre. C’est notre contrepoids. Si nous allons dans un sens, il va dans l’autre. Nous nous maintenons en équilibre. Parfois c’est nous qui menons, parce que nos intentions sont plus fortes que les siennes, parfois c’est lui. Nous le ressentons comme une ombre, et lui doit nous voir aussi comme cela. Mais nous sommes tous les deux réels. C’est la personne qui nous est la plus proche, et c’est la seule que nous ne pourrons jamais rencontrer.